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Sherlock Holmes ? La bande-annonce m'a suffit. Qu'on prétende faire jouer le célèbre détective britannique grand, mince et élégant, aux traits aquilins décrits très précisément par Sir Conan Doyle depuis la création du personnage, par la bobine de docker yankee musculeux et débraillé de Robert Downey Jr, j'en ai perdu mon monocle dans ma tasse de thé. Du moins c'est ce qui se serait passé si je portais un monocle, et si je buvais du thé.
Non vraiment, certains m'appelleront puriste, mais je prends ça pour une trahison. Pas concernant la nationalité, c'était une boutade, mais au sujet de la non-ressemblance du personnage et la façon dont la bande-annonce suggère qu'il est joué. Ce n'est pas comme si Sherlock Holmes n'était pas un personnage légendaire et sa silhouette et sa façon de se tenir et d'agir, indissociables, stéréotypiques. On ne ressuscitera pas hélas Jeremy Brett (le meilleur Sherlock Holmes à ce jour, celui de l'excellente série télévisée), mais Downey Jr ! ::soupir:: Et avant qu'on ne m'envoie cet argument, je me contre-fiche des talents d'acteur de ce type, les acteurs talentueux, ce n'est pas ça qui manque, loin de là (même si ce n'est pas toujours eux qu'on voie à l'écran...) et il s'en trouvait bien un quelque part qui avait un minimum le "look holmésien". (Je ne parlerais même pas du bon docteur Watson joué par la gueule d'amour Jude Law, c'est d'un racoleur grotesque.)
Si la bande-annonce est comme je le crois à l'avenant du film, c'est-à-dire un Sherlock Holmes qui se la joue "action man à la cool" victorien, bourrin, castagnant comme un ruffian de l'East End à torse-poil et faisant de l'humour graveleux hollywoodien, alors c'est le plus grand scandale de toute l'histoire des adaptations d'oeuvres littéraires. L'oeuvre Sherlock Holmes, ce n'est pas que la trame des enquêtes, c'est aussi (et même surtout!) le personnage lui-même.
J'en ai marre des "adaptations libres" qui à force d'être libres, n'ont presque plus rien à voir avec les oeuvres originales sinon les noms des personnages, l'époque, et quelques vagues ressemblances. Je maudis ces producteurs et/ou réalisateurs peu scrupuleux qui profitent sans vergogne de l'attrait exercé sur le public par des noms illustres, des "franchises" comme on dit, sans avoir rien à foutre de l'oeuvre originale, et s'en sortent trop facilement par l'astuce "liberté d'adaptation", "volonté de donner un souffle nouveau", "poser un nouveau regard sur...". Si Sherlock Holmes, détective inventé et décrit par Sir Arthur Conan Doyle, ne plaisait pas à Guy Ritchie ou à Downey Jr tel quel, qu'ils inventent un autre détective qu'ils appellent Rupert Flabbergast ou je ne sais quoi, mais qu'ils laissent un grand personnage de la littérature tranquille. Ce n'est pas plus compliqué que ça. Vous adaptez, alors vous respectez - le plus possible et tant que faire se peut : évidemment, il faut bien faire un film. Mais si vous avez trop de "génie créatif" et de soif de "liberté artistique" pour que respecter un minimum l'oeuvre originale vous semble un carcan insupportable, eh bien avec autant d'imagination à revendre, vous n'aurez pas trop de mal à inventer votre monde et vos personnages à vous.
(Pas sûr qu'ils me lisent, mais je tenais à leur dire quand même)
PS : Ca me fait penser qu'avec sept ans de recul, l'euphorie de sortie de salle retombée, j'aurais beaucoup à redire aujourd'hui sur le Seigneur des Anneaux de Peter Jackson, mais c'est une autre histoire.
EDIT !!! (Super content de ma trouvaille) : Réalisateurs qui adaptez une oeuvre, vous en avez peut-être obtenu les droits, mais n'oubliez pas que vous en avez en même temps hérité des devoirs. (Pan dans les dents)
EDIT2 : Je prends les devants parce que je vois le coup venir : qu'on ne m'accuse pas d'être resté bloqué sur l'imagerie des années 50-60 autour d'un Holmes propret, uniquement cérébral, et psychologiquement sans zones d'ombres. (Je me fiche bien également de l'absence ou non de la casquette "deerstalker", qu'on a refilée au personnage dans les films de Basil Rathbone et Peter Cushing, mais absente des romans). J'ai réellement lu l'oeuvre et par exemple, quand je m'élève contre un Sherlock "castagnant torse-poil", ce n'est pas parce que j'aurais en tête un Holmes qui ne se battrait jamais. Au contraire, je connais bien les talents de pugiliste du personnage original, mis en pratique à l'occasion. Mais il y a un "style" Holmésien. Le seul extrait de la scène de bagarre de la bande-annonce suffit à me convaincre que Guy Ritchie en a fait une sorte de Dark Knight victorien. Mais ce n'est pas sur ce seul extrait de baston que je focalise. Tout ce qui transpire du "trailer" pue la sauce néo-hollywoodienne. A grands coups de ralentis/accélérés dans un rythme frénétique et une bande-son assourdissante, j'en fiche mon billet. Si l'on me met en demeure après cette critique basée sur la simple bande-annonce et la lecture rapide de quelques critiques de magazine de voir le film avant d'ouvrir ma gueule, j'irais peut-être le visionner par acquis de conscience. Mais j'ai bien peur de perdre mon argent pour être simplement confirmé dans mes craintes et passer une bien mauvaise heure et demie à grincer des dents.
_________________ Il y a plus de mystères dans le ciel et sur la terre, Horatio, que n'en rêve toute ta philosophie.
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